La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

24 octobre 2006

Couper l'cordon

Il y a des modes dans le secteur du bébé. L'une d'elles est assez saugrenue en même temps que (je trouve) ridicule : on propose au père de conclure l'accouchement en coupant lui-même le cordon ombilical.
"Conclure" : c'est pas beau, hein ? Quand même, cette forme d'inauguration enlève une sacrée dose de magie.

Vous vous imaginez en train de le faire... Et vous voilà dans la peau d'un conseiller général en train de célébrer l'extension de la salle des fêtes "Jakie-Quartz" d'Autruy-sur-Juine.

D'abord, vous n'avez pas la fibre "première pierre". C'est un métier, certains élus locaux l'exercent avec une passion chaque fois renouvelée. Mais vous, dans cet instant, encore tourneboulé par les souffrances de la maman, vous n'avez pas spécialement l'esprit au geste solennel, et vous sentez encore moins capable de composer le sourire terrien qui siérait au reporter de la Nouvelle république du Centre.
Peu importe. La magie du moment ne vous a pas échappé.

20 octobre 2006

Il est là

24 mars 2006 : Trois semaines d'avance. Inquiétude et bonheur de voir la maman bientôt délivrée... et heureuse (dernières semaines un peu pénibles pour la maman qui bouge de moins en moins facilement, mange de moins en moins facilement, dort de moins en moins facilement...).

Pourtant les heures qui viennent seront pour vous un concentré de la grossesse paternelle, entre bonne volonté maladroite, angoisse et impuissance. Pas question d'aller "donner un coup de main" à l'équipe qui assiste vos deux trésors. Un besoin qui ne cesse de réapparaître à peine replacé sous l'éteignoir du bon-sens.

Pas une seconde ne passe sans que la violence de cet affrontement absurde ne s'intensifie. L'impression d'être scotché par un rouleau de sparadrap "super-plus" à des starting-blocks chauffés au fer rouge.

Vous vous massacrez les mains. Vous bloquez votre respiration au diapason de la maman-athlète (mais comment fait-elle pour supporter tout ça). Vous vous perdez en encouragements, tout en craignant de la culpabiliser en en faisant trop. "Allez courage, vas-y, souffle, pousse, enfin pas trop si t'as mal mais quand même un peu sinon t'auras encore plus mal enfin non t'inquiète pas trop quand même..."

En fin de course, vous êtes épuisés mais moins que la maman... et surtout vous ne pensez pas une seconde à vous plaindre : Il est là qui vous dévisage déjà, remue ses pieds, ses bras, sa bouche en tous sens. Et se calme à peine posé contre votre cœur. Le vôtre. Il est là.

11 octobre 2006

Le métier qui rend beau

Qui a déjà rencontré une sage-femme au physique ingrat ? Pas moi.
Je trouve ça étrange.

Après quelques mois, vous allez aux échographies à la maternité avec une boule dans le ventre, redoutant toujours un peu une mauvaise nouvelle sur la santé du bébé ou de sa mère ou des deux. Et vous voilà rassuré par une créature qui tient à merveille un équilibre subtil entre le calme et la concentration, l'ouverture sans l'exhubérance, la douceur et la précision des gestes. Déjà, étudiant, vous en avez croisé des apprenties sage-femmes : elles étaient pareilles.

Deux explications sont possibles :

-Le processus de sélection des élèves sage-femme intègre des critères physiques et moraux. Sans l'avouer, l'Etat maintient ces critères subjectifs afin de réduire le stress de la mère et, partant, les risques d'accident prénatal. Avec le temps, un pool de recruteurs particulièrement efficaces a été constitué, qui savent repérer ces qualités essentiels chez les candidat(e)s.

-Le métier de sage-femme rend beau (belle). À force de gérer sans paniquer et sans coup férir le traumatisme potentiel de l'accouchement (et de découvrir le sourire extasié des parents), les sage-femmes acquièrent une plénitude morale qui se lit sur leur visage. Et plus cette sagesse empirique se voit, plus c'est rassurant, donc mieux ça se passe, donc plus elles sont sages, donc plus ça se voit, plus c'est rassurant, etc...

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, de plus en plus souvent vous avez l'impression (subjective, et alors ?) de surprendre cette attitude à la fois douce et résolue chez la future maman.

Au fait, en ce moment les étudiantes sage-femmes se mobilisent pour obtenir une équivalence universitaire à leur diplôme. Il faut les soutenir, pour une fois qu'elles se mettent en colère.

05 octobre 2006

Peur du vide

En neuf mois de black-out, les opportunités de psychoter sur la santé du bébé ne manquent pas. On est même surpris.

Par exemple, vous allez à un concert de Royksöpp, toujours animé de cette envie un peu bébête "d'en profiter tant qu'on est deux". Royksöpp, ce sont les héritiers du beat islandais tendance Björk. En live, c'est fort et ça résonne. Inconsidérément collé à la scène, vous attendez que le concert commence. Dès les premières notes, vous débutez une drôle de migration instinctive. Rang après rang, vers le fond de la salle. Finalement une vraie retraite en rase campagne qui vous accule à un recoin, sous un escalier, dans l'espoir un peu vain d'atténuer les vibrations qui vous secouent. Vous ça vous chatouille les tripes, et elle aussi, alors à l'intérieur d'elle ??? Psychose. D'autant que le petit sursaute à chaque beat, précise la maman. On quitte la salle, pas en courant, pas loin pourtant.

À la maison, c'est internet direct : "audition bébé concert", "fœtus surdité concert", "bruit concert santé bébé"... Tous les mots clés y passent : les magazines sont ravis de vous annoncer que vers six mois "le foetus entend parfaitement les voix et les sons". Mais aucune info sur les sons trop forts.

Le jour d'après, on relativise. S'il n'y a rien sur internet, c'est que c'est pas si dangereux. Vous avez raté le concert de Royksöpp, mais la leçon est bonne.

04 octobre 2006

Chair adorée

Ravi d'être bientôt père, vous êtes aussi un homme. Et la future maman que vous aimez est une femme que le bonheur rend resplendissante... Alors contrairement à l'alcool, en matière d'érotisme neuf mois d'attente ne font pas neuf mois d'abstinence.

Vous l'avez lu partout : on peut faire l'amour pendant la grossesse. Oui oui, n'empêche que vous vous posez des questions : physiquement psychologiquement, comment...

En fait jusqu'à 5-6 mois, rien ne change. Le ventre est discret et adorable. Et après c'est vrai qu'on est bien obligé de s'adapter, parce que l'alpinisme sur le Mont de Vénus devient de moins en moins une figure de style.
Pourtant pas lieu de paniquer, les alternatives existent. En fait c'est comme avant : il y a des moments on l'on est mal fichu, et d'autres où l'on se dévore. Et si dans la dernière ligne droite la première option finit logiquement par l'emporter, vous avez autre chose à faire.
Pourtant on en lit des récits de couples fiers de "l'avoir fait jusqu'au bout". L'histoire ne donne pas le détail de leurs factures de kiné.

03 octobre 2006

Le syndrome du train couchette

Les mois défilent, la pression monte. Insidieusement.
Dans certaines situations, on peut toujours s'agiter, brasser de l'air pour se rassurer un peu. Mais là...

Pour être honnête, il y a sans doute aussi un poil de tétanie : vous stressez en pensant qu'il y a sûrement beaucoup de choses utiles à faire avant la naissance, mais vous n'avez aucune idée de quoi. Une crainte sourde vous gagne.

C'est le syndrome du train couchette : en sentant les trépidations dans le noir sans rien pouvoir contrôler, certains passagers ont l'impression que le train, devenu fou, accélère vers une catastrophe imminente. Tétanisés, ils restent éveillés sur leur couchette à l'affût de la fraction de seconde qui précède le déraillement...

Par contraste, la futur maman active un sixième sens, de plus en plus flagrant à mesure que les mois s'égrènent : elle prévoit les achats de vêtements (bluffant), demande les conseils de base à ses copines et à votre famille, pense aux équipements pratiques (et la table à langer, hein ?)... Gouverner c'est prévoir, elle gouverne et vous essayez juste de l'aider, d'ailleurs ça vous fait du bien à vous aussi.

Ironie du sort : la maman en question vous avoue souffrir, mais réellement, du syndrome du train couchette. Quelle injustice.

02 octobre 2006

Alcool(s), tout un poème

Cruel dilemme.
Les neuf mois de grossesse sont les derniers de votre vie d'avant. Il est donc très tentant d'en profiter pour sortir jusqu'à pas d'heure, se faire des repas en amoureux dans des restos tout calmes, accepter sans réfléchir des invitations de dernière minute...
Las, la médecine est catégoriquement rabat-joie : la future mère ne doit pas boire un seul verre d'alcool pendant sa grossesse. Surtout au début, au milieu et à la fin.
Oh oui oui on peut s'amuser sans alcool ni aucun autre psychotrope. C'est super quand on le choisit. Mais quand ça devient obligatoire, c'est moins fun, ça casse un peu l'ambiance "défi-champomy".
Evidemment, libre au futur père de s'en jeter pour deux. Libre à vous de passer vos soirées sous la table, sans vous occuper de l'icône de sagesse qui se prépare seule à accueillir le fruit de vos entrailles – imbibées –. Mais non, c'est décidément impossible. Il suffit, pour être soigné (sevré ?) d'attraper au vol le regard un peu nostalgique qu'elle pose sur votre verre de Choulette Ambrée ou de Bourgueil 2002.
Et puis c'est tant mieux. Vous en vouliez du concret sur la responsabilité de père, sur ce qui va changer ? En voilà.
Epilogue : inutile de se faire un film catastrophe (même si certains vous servent et re-servent le scénario) : la première condition pour s'organiser une soirée en amoureux ce n'est pas de ne pas avoir d'enfant, c'est d'être amoureux. Après on trouve toujours un moyen.

27 septembre 2006

le sesque de l'ange

Sera-t-il ou sera-t-elle ?

Le futur père, déjà en plein brouillard sensoriel pendant neuf mois, peut s'infliger un nouvel handicap histoire de rigoler : ne pas demander le sexe de l'individu qui va "tout changer" (tu verras, tu verras).

Pour la mère, c'est une affaire de préférence : elle a envie de profiter de ses derniers mois d'incertitude, elle a envie de laisser parler tous ceux qui possèdent le truc infaillible pour ne jamais se tromper...

Statistiques, lune, forme du ventre, signe astrologique, héritage familial, tout y passe. Le ventre en avant, c'est un garçon. On y croit un peu les premiers mois, et puis ça fait quelque chose à répondre à ceux que la question obsède (dont le père). Sauf que le ventre change de forme régulièrement, parce que son locataire n'est pas une larve. Si c'est un garçon, la théorie était juste. Si c'est une fille, c'est que l'on aurait dû accorder plus d'importance à ces moments où le ventre se déformait en travers. Dans tous les cas la théorie avait raison, CQFD les futures tantes, tontons, grand-mères et amis de la famille.

Pour vous le père c'est une autre affaire. Privé de présent, vous vous imaginez l'avenir : se laisser dribbler par son fils, regarder la mignonne arranger ses cheveux comme une grande, consoler le bolide qui vient de s'écraser par terre, rassurer la petite fille effrayée, regarder son fils s'habiller, dribbler sa fille,... Tout s'embrouille : votre imagination sexuée (ou sexiste ?) est à sec. Fin de la vidéo super-8. Pas de présent, pas de futur. « Tu verras, ça change la vie ». On verra.

Heureusement, le réservoir à sourires angéliques de la maman est inépuisable. Pour ses beaux yeux, vous ne demandez pas le sexe à l'échographie. Mais la prochaine fois, c'est sûr...

26 septembre 2006

Premiers symptômes

Août 2005

Avoir un enfant ça change la vie. « Tu verras, tu verras, qu'ils répétent, ça change la vie ». Ah oui, oui. Au début, on écarquille les yeux. Vaguement inquiet, vaguement intéressé : votre interlocuteur va vous dévoiler des choses terribles sur le métier de père. De quoi vous sortir de la béatitude diffuse dans laquelle vous nagez, depuis que la femme de votre vie vous a fait l'honneur d'être trois, comme dit Malaussène.

Sauf que vous ne voyez rien venir, justement.

Vos amis, qui paraissaient pourtant avoir beaucoup de révélations à faire, s'arrêtent à la déclaration d'intention.
Tu verras quoi ? Ben, tu verras, quoi. Ça change la vie, tu te rends pas compte.

Ensuite, pendant neuf mois côté père c'est le black-out. Comme suivre une saison entière de football à huis-clos. Il y a bien des bruits de couloir qui circulent, si vous collez l'oreille aux vestiaires. Et une poignée de conférences de presse avec l'entraîneur-gynéco, qui vous explique que tout va bien, qu'il faut prendre les mois les uns après les autres et qu'après on verra bien. Et puis quelques images volées, qui rivalisent de flou et d'irréel avec les vidéos mystères du Loch-Ness. Un "+" sur un test de grossesse, un profil, une main, un pied : c'est maigre.
Et encore, si vous connaissiez le sesque, ce serait plus facile de se rendre compte. Mais là aussi...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu